J’irai marcher sur le canal du Nord

30 Janvier 2020 – WAAO, Dessous le viaduc. Place Mitterrand

URBANISTES DES HAUTS DE FRANCE

« LE CANAL SEINE-NORD EUROPE
ENTERRERA-T-IL LE CANAL DU NORD ? »

canal du nord
La problématique du réemploi du canal du Nord sur un tronçon de 23km qui se situe entre l’Oise et la Somme a fait l’objet du projet « J’irai marcher dans le canal du Nord » pensé par Adèle Diaz et Marie-Frédérique Le Penven, deux jeunes architectes : www.avenircanaldunord.fr. Leur travail nous offre l’opportunité d’approfondir les enjeux du devenir de ce canal.

Un débat pour aborder le sujet de l’avenir du canal du Nord, en amont de la mise en eau du futur canal et permettre la réappropriation de cette infrastructure par son territoire.
Le canal Seine Nord Europe est un projet à l’échelle européenne. Il constitue un enjeu majeur dans le développement des échanges, se veut plus écologique et compétitif pour le territoire des Hauts-de-France situés à l’avant-scène du Benelux, du Royaume Uni et des Pays Nordiques. La nouvelle région intervient à différentes échelles, dans le développement des échanges internationaux du Nord de l’Europe, et dans le développement territorial de la région.

L’importance de la voie d’eau dans le territoire : le Canal Seine Nord Europe bouleverse la donne

Le réseau hydrographique du Nord-Ouest européen a été le berceau de l’urbanisation et de l’industrialisation du XIXème siècle. Cependant ces territoires sont aujourd’hui fragilisés par le recul du secteur industriel, tant sur le plan économique qu’urbanistique. L’eau est une composante primordiale des paysages de notre région. Source de biodiversité, de stratégie territoriale et de lien social, l’eau est précieuse. La concentration des industries dans le Nord de la France a permis le développement des territoires et des villes qui bordent les canaux.

Face à la relance programmée du fret fluvial et en vue de la construction du Canal Seine Nord Europe, ces territoires stratégiques apparaissent aujourd’hui comme des zones d’opportunités pour repenser l’urbanité et penser la compétitivité des territoires. Ce grand projet infrastructurel représente évidemment un grand bouleversement dans le paysage de la région Hauts-de–France, il n’est pas sans impacts écologiques, mais il lui offre aussi de nouvelles perspectives de développement : aussi bien dans une démarche de redéploiement économique, par la création de nombreux emplois et la relance de la compétitivité, qu’à travers des projets d’aménagements territoriaux et environnementaux.

Aujourd’hui le grand projet d’ampleur du Canal Seine Nord Europe vient redynamiser l’équilibre actuel du réseau fluvial du Nord de la France. Le redynamiser, mais aussi le chambouler puisqu’il remet en cause l’existence de l’une de ses voies d’eau actuelle, en tant que telle : Le Canal du Nord. Ainsi, quel est l’avenir d’un canal devenu obsolète ? Quelles conséquences pour son territoire et ses usagers ? Quelle nouvelle vie est possible pour un canal privé de sa fonction première sur l’ensemble de son tracés initial : La navigation ?

En effet, quatre hypothèses d’avenir se présentent pour l’actuel Canal du Nord, en fonction de sa configuration, de ses liaisons avec d’autres bras d’eau, et de la topographie locale:

  1. La reprise en majorité de son tracé initial par le canal Seine Nord Europe, en élargissant l’actuelle voie de navigation
  2. L’hypothèse du maintien en eau, mais non navigable de certains tronçons. Certaine parties du canal sont maintenues en eau, mais en « écluse fermée » sur un tronçon donné.
  3. L’hypothèse du maintien en eau de certaines parties, pour la navigation de plaisance et la réappropriation des berges.
  4. L’hypothèse de l’assèchement de plusieurs tronçons du canal actuel avec un potentiel remblaiement.

 

En effet, ce tronçon de 23km du canal du Nord est totalement artificiel. Du à son dénivelé, il est actuellement toutes les nuits réalimentées par pompage. Son maintien en eau, très couteux est par conséquent remis en question par la création du nouveau canal à grand gabarit. Une fois privée de sa vocation première de transport fluvial, quel peut être son devenir ?

Ce projet s’articule autour des thématiques de lutte contre le gaspillage infrastructurel et la résilience d’un ouvrage de génie civil remarquable et original qu’est le Canal du Nord. Il s’articule autour des idées suivantes : révéler une infrastructure invisible habituellement dissimulée sous les eaux, mettre en valeur sa matérialité architecturale et son histoire et faire en sorte qu’elle perdure, en tant qu’incubateur de dynamisme pour son territoire.

L’idée, plutôt que de procéder à son remblaiement, est de transformer cette cuve de béton linéaire en une « Vallée des Possibles ». Cette vallée s’organiserait suivant trois axes reprenant les composantes du territoire, à savoir : l’omniprésence agricole, les pôles d’urbanité et les points touristiques. Elle vient interagir et s’adapter en fonction des paysages qu’elle traverse. Seize programmes sont alors développés dans cette vallée productive au service de son territoire, venant révéler cette infrastructure comme une architecture à part entière qui peut revêtir des formes et des fonctions très diverses, jouer avec les pleins et la masse du béton, ainsi qu’avec les vides et les toitures légères.

Le projet fou de transformer un canal asséché en une vallée productive, innovante et intégrée à son environnement naturel, social et économique, permet de lancer une véritable réflexion autour de sa réhabilitation, jusqu’ici absente du projet Seine-Nord-Europe. Ce projet met en valeur les potentiels qui s’offrent au territoire en luttant contre le remblai du canal dans une démarche de résilience et de recyclage des usages lié à la disparition de l’eau. Ce sont ces nouvelles dynamiques qui, à l’image de l’eau en son temps, devraient couler demain dans l’ancien canal.

La projection envisagée sur l’axe compris entre l’Oise et la Somme, peut se décliner sur d’autres territoires tels que celui qui traverse la Communauté de Communes Sud-Artois.

D’un paysage urbain (Noyon) à celui du Pays de Nesle ou à celui du Sud-Artois, la démarche basée sur un réemploi partagé par les élus et les populations concernées peut donner lieu à une dynamique de coconstruction où le principe d’une démarche participative peut être fédérateur d’une réappropriation collective.

A ce stade, le débat doit être ouvert car les Contrats de Développement Territoriaux n’intègrent pas cette réflexion et le Canal du Nord semble voué à une démarche de démantèlement « à la découpe » qui ne laisse guère place à l’imagination pour un réemploi concourant à la renaissance des territoires traversés…

Alors, futures friches urbaines ou rurales en devenir

ou, au contraire, « Vallées des Possibles » ?

A chacun et à chacune de se prononcer, pour autant que place soit donnée au débat et c’est à cela que nous voulons aboutir. Aux élus des territoires concernés de prendre position, aux acteurs économiques, sociaux, associatifs de s’exprimer, aux riverains et aux habitants des territoires environnant de dire leur souhaits…et à la Société de Projet, à Voies Navigables de France, à l’Etat et aux Elus concernés de s’entendre sur le « champ du possible »…